devil Maxi-Addict
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Posté le: 15 Fév 2005 19:01 Sujet du message: |
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Télévision et télé-réalité, nouvelles idoles des peuples
Déçu par la chose publique et la religion, le citoyen se réfugie de plus en plus auprès de son téléviseur. Pour rêver et se divertir.
Analyse étayée par Gilles Dal.
BAUWERAERTS
«Déçus par ce que nous considérons comme les manquements de la politique, (...) à l'affût d'une source de vérité et de bien-être dans un monde complexe et diffus, nous cherchons avec force une source d'apaisement... et la télévision s'engouffre dans la brèche.» Nouvel opium du peuple, «les fonctions dont elle hérite la rapprochent du rôle originel des religions». Ainsi énoncée, la théorie développée par Gilles Dal dans son ouvrage «Loués soient nos téléviseurs»(1) peut sembler, au minimum, exagérée. Et pourtant, à y regarder de plus près... «La télé est capable de bâtir des notoriétés sans même avoir à les justifier, elle crée des engouements tels que la presse écrite ne peut les ignorer et se drape de plus en plus d'atours religieux.» Si ce dernier point implique une démonstration étayée, les deux premiers s'illustrent abondamment au quotidien.
«On laisse tout passer aux gens de l'écran; on ne pardonne rien aux hommes politiques.» Un exemple? «Rien de plus convenu qu'un comédien fasse travailler sa famille», cela lui vaut même la sympathie du grand public là où le même comportement serait dénoncé comme pratique mafieuse en politique... Etre proche des réalités, c'est parler de ce qui touche au senti, au vécu, au quotidien. Là où la politique est jugée «coupée des réalités», la télévision, «usant de procédés invraisemblablement grossiers pour faire croire qu'elle colle à la réalité, continue de séduire. La manipulation est évidente... pourtant elle plaît».
«Traçant une ligne étanche entre le merveilleux (la tournée, les succès) et le terrestre (des jobs minables, des vies sinistres), Star Ac' a un aspect religieux.» Comme si «ce spectacle rachetait à lui seul les blocages d'une société où rien n'est possible».
Chargée, au départ, de révéler la réalité, la course à l'audience détourne bien vite la télé de la vérité. Car «pour ne pas sombrer dans la monotonie, elle aborde des sujets de plus en plus tirés par les cheveux, au mieux absurdes, au pire franchement sordides». Il suffit pour s'en convaincre de constater les dérives d'émissions comme «C'est mon choix», «Vis ma vie» ou «Ça se discute»... Des émissions qui prétendent s'attaquer à des faits de société mais optent pour les phénomènes exceptionnels. La course à l'audience forgeant une réalité toujours plus «artificielle».
Orpheline des rêves déçus de la politique et de la religion, «la télé ne s'encombre d'aucun principe et s'adapte à la demande». Comme la politique naguère, elle est désormais au centre des conversations et «crée de la culture collective».
Excellent conteur et fin décrypteur, Gilles Dal n'invente rien mais résume à merveille; on lui reconnaît un sens certain de la formule et de l'image qui frappent. Par moments, on s'y croirait, ce qui, pour un livre traitant largement de la télé- réalité, sied plutôt bien...
Il n'hésite d'ailleurs pas à brocarder ceux qui sous couvert d'analyse se repaissent du succès de la télé-réalité. Ainsi pointe-t-il du doigt une certaine presse qui «se rend complice des succès sur lesquels elle se penche: elle prétend expliquer le formidable engouement suscité par Star Academy, alors qu'elle le construit en en parlant!»
(1) Ed. Buchet Chastel, 129 pp., 14€
par : Karin Tshidimba |
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