grain_de_ble Maxi-Addict
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Posté le: 17 Jan 2007 10:27 Sujet du message: |
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très réaliste cet article de télérama sur les studios télé de la Plaine ! un vrai petit monde en huis clos, et c'est vrai qu'on s'y croirait plus sur des docks qu'ailleurs quelle reconversion quand même pour des milliers de mètres carrés situés à la porte de Paris !
La télé montre son vrai village
“Les Guignols” ? Tout droit jusqu’à “Taratata” puis à gauche après la “Star ac”. Bienvenue à “Telecittà”, vaste complexe au nord de Paris, où se tournent la plupart des émissions de télé.
C’est la plus grande usine du PAF. La chaîne de montage des chaînes de télé. A une encablure de la porte de la Chapelle, plein Nord parisien, l’audiovisuel a sa fabrique. 80 000 m2 de studios, installés dans les bâtiments des Entrepôts et magasins généraux de Paris (EMGP). Sur ce territoire postindustriel à chevalllllllllllllll sur Saint-Denis et Aubervilliers, cohabitent Taratata et la Star ac, Arthur et Marc-Olivier Fogiel, Questions pour un champion et Qui veut gagner des millions ? Entre câbles et paillettes, on y enregistre plus de 1 000 émissions chaque année, l’essentiel des programmes de divertissement diffusés sur les chaînes françaises : variétés, jeux, talk-shows.
« C’est un bel endroit, s’amuse l’auteur des Guignols, Ahmed Hamidi. Ça ressemble un peu à Hollywood en été, beaucoup à Dunkerque en hiver. » Dans cette vaste zone d’entrepôts, les grossistes en textile côtoient les entreprises de la Net économie. Au XIXe siècle, on y stockait sucre, farine, alcools. Au XXe siècle, de la ferraille et des bobines de papier. Au XXIe siècle, ce rectangle clos de 60 hectares est devenu un campus d’entreprises aux rues numérotées comme à New York. Une petite ville avec son bureau de poste, ses agents de surveillance, ses jardiniers, sa supérette. Et ses restaurants. A l’heure du déjeuner, entre deux coups de fourchette dans des assiettes à la mode et un coup d’œil aux écrans plasma branchés sur Eurosport, on y capte à la volée les bruits du PAF : « Les people, c’est pas facile à avoir… » ou « Tu vois, là, le concept, c’est énooorme. »
Avec 13 bâtiments et 28 plateaux, le PAF a donc installé ici sa « Telecittà ». Rebaptisée « Cacacittà » par le Grolandais Moustic, « parce que toutes les merdes de la télé y sont enregistrées ». Plus sobrement connus sous le nom de « studios de la Plaine-Saint-Denis », les plateaux des EMGP sont, depuis vingt ans, un laboratoire de la télé de flux. On y a entendu les rires en boîte des premières sitcoms (les antédiluviens Marc et Sophie ou Maguy). Et vu surgir les caméras de la télé-réalité (Loft story, Star academy). Au milieu des grosses machines à divertir ont aussi prospéré quelques graines de poil à gratter : Les Guignols, Groland, et autrefois Les Nuls, qui y tournèrent un péplum, Tarama et les mines du roi Saumon. « On était tous en minijupe, même Alain de Greef », se souvient Moustic, qui était de la fête.
Aujourd’hui, plus d’Alain de Greef en jupette, et sans doute moins de folie. Dans les rues de « Telecittà », la télé fait sa discrète. Il faut pousser les portes des entrepôts pour voir s’agiter les cinquante métiers qui font la télévision, maquilleuse, décorateur, chauffeur de salle ou réalisateur. « Ça ne s’arrête jamais : c’est du sept jours sur sept, 24 heures sur 24, raconte Jean-François Delande, patron des Studios 107. A 3 heures du matin, il y a encore des machinistes qui montent des décors sur les plateaux. »
Les plateaux. D’immenses boîtes vides prêtes à accueillir les rêves et les caprices des productions. Aux EMGP, il y en a donc 28, gérés par trois sociétés : le géant Euromédia/SFP (19 plateaux, 60 000 m2) et deux petits poucets, les Studios 107 (5 plateaux, 14 000 m2) et les Studios Long Courrier (4 plateaux, 3 500 m2). Autour d’eux, dans un mouchoir de poche, se sont installés les autres maillons de la chaîne de fabrication audiovisuelle. Des producteurs – Endemol (Loft story, Star academy), Air Prod (la société de Nagui), NPA (Les Guignols, Groland) –, et des prestataires techniques (fabricant de caméras, loueur de murs d’images, studio d’animation 3D…).
Mais qu’est-ce qui attire le petit monde de l’audiovisuel dans cette banlieue ouvrière, loin de l’Ouest parisien où siègent les chaînes de télé ? « C’est la dure réalité de l’immobilier, explique Nagui, la possibilité de disposer d’autant de mètres carrés à des prix raisonnables, tout près de Paris. » L’animateur-producteur a installé ses bureaux dans une bâtisse de 750 m2, avec un bout de jardin, « une petite maison dans la prairie ». « Ici, on peut profiter de l’espace extérieur pour des tournages, barrer une rue pour filmer une explosion. Et puis, ajoute-t-il en souriant, pour les diffuseurs, la Plaine-Saint-Denis, c’est le bout du monde. Les huiles des chaînes de télé ne viennent presque jamais nous voir. On est peinards. »
Peinards, c’est aussi ce que se disent Grolandais et Guignols, qui ont trouvé là une terre de liberté pour leurs délires. En ce début d’hiver, à quelques mètres du plateau que partagent à l’année les deux émissions de Canal+, les accessoiristes de la présipauté de Groland fabriquent « du caca » dans de grandes poubelles noires. Une mixture de cacao en poudre et de flocons de purée, une de ces recettes dont Déco 3 000, le très artisanal atelier de décoration grolandais, a le secret… A 200 mètres de là, la « maison » des Guignols. Auteurs, maquilleurs, costumiers y préparent vannes et marionnettes. C’est un peu le panthéon de la Plaine-Saint-Denis : 300 célébrités de latex couchées dans des boîtes en carton. Et une garde-robe digne d’une friperie, avec son placard de sacs à main de Bernadette Chirac… « Les Guignols, c’est une PME de 200 personnes, raconte le producteur Yves Le Rolland. A Canal+, on était disséminés. Là, on est tous au même endroit, il y a moins de perte de temps, de déperdition d’infos. »
Guignols, jeux ou talk-shows : 100 à 200 personnes gravitent autour d’une émission. Une majorité d’intermittents qui passent d’un plateau à l’autre. Souvent payés à la journée – comme les dockers embauchés ici autrefois. « Sur le site, explique Jérôme, régisseur, on est six ou sept à faire le même boulot et à tourner d’une production à l’autre. On se connaît tous. » Cette semaine, Jérôme jongle entre trois émissions. Aujourd’hui, un nouveau jeu avec Benjamin Castaldi. Demain, Les enfants du 31 (la grande fiesta de la Saint-Sylvestre, enregistrée… le 29 novembre). Et vendredi, direction le Studio 217, la « cathédrale » locale, pour la grand-messe : le prime time de la Star academy.
Le 217, c’est l’attraction de l’année aux EMGP. Un plateau flambant neuf érigé par Euromédia pour la machine à chanter d’Endemol. Une vraie salle de spectacle de 2 000 m2 et 17 mètres de hauteur sous plafond. « Le plus grand studio d’Europe », affirment ses constructeurs. Avec tapis roulant de 10 m, rideau d’eau, et une consommation électrique égale à celle de 350 pavillons. Les soirs de direct, c’est tempête sous chapiteau : 200 techniciens, 40 hôtesses d’accueil, 8 coiffeurs, 17 maquilleurs, électrisés par le stress du direct ; 48 vigiles et 10 pompiers qui veillent sur le public – 1 600 personnes en moyenne. Et un chauffeur de salle pour faire monter la sauce : « Est-ce que vous êtes en foooooorme ? »
A la Plaine-Saint-Denis, le public fait partie du show. 200 000 spectateurs défilent chaque année sur les plateaux. Ce mardi-là, dans le dédale des hangars, Sylvie et Eliane cherchent le chemin des Studios 107. Elles arrivent de Limoges pour l’enregistrement d’Attention à la marche, le quiz de Jean-Luc Reichmann. Prêt à tourner à 10 heures, fin de partie à 18 heures. Un marathon. Les jeux, programmes récurrents par excellence, sont mis en boîte à un rythme intensif. Jusqu’à cinq émissions en une journée, pendant deux ou trois semaines d’affilée. Rentabilité maximale : des gradins au pupitre, il faut parfois cinq jours pour monter un décor…
Cadence industrielle et pression de l’audience : le cœur des studios bat au rythme de l’Audimat. « On est en bout de chaîne, dépendants des producteurs, eux-même tenus par des clauses d’audience fixées par les chaînes. Alors, nous aussi on regarde les chiffres tous les jours », avoue Jean-François Delande. Et les fluctuations des courbes Médiamétrie imposent de plus en plus souvent un travail à flux tendu. « Les diffuseurs veulent avoir la main sur la ligne éditoriale pour pouvoir réagir très vite en fonction des scores d’une émission. Un mois après, le changement doit être à l’antenne », explique un prestataire technique. La vie des studios s’en ressent, avec embouteillages, effets d’accordéon, et des émissions qui se baladent d’un plateau à l’autre, au gré des disponibilités. Ce mois-ci, la spéciale Questions pour un champion est enregistrée au 204. Le mois prochain, ce sera au 130 ou au 128…
Mais tous les programmes ne sont pas condamnés à cette valse infernale. Au rez-de-chaussée des Studios 107, un appartement. Meublé comme ceux que l’on visite chez Ikéa. Avec de vrais livres dans la bibliothèque, de l’eau au robinet de la salle de bains. Et même un jardin. En été, Jean-François Delande vient y déjeuner sous le figuier. Ce havre de paix au milieu des hangars est un décor de télé : la maison de Téléshopping, installée ici à l’année.
Il y a eu une autre maison aux EMGP. Mais elle ne se visite plus. C’était un loft. Ses locataires s’appelaient Jean-Edouard et Loana. La première émission de télé-réalité a marqué l’histoire des studios. Comme les candidats à la célébrité, les entrepôts de la porte de la Chapelle se sont retrouvés sous les feux des projecteurs. Traversés par les limousines, pris d’assaut par la cohorte des fans et des détracteurs. « Le Loft a enclenché une sorte de paranoïa sécuritaire à cause de ces centaines de personnes qui avaient débarqué sur place, se souvient un habitué des EMGP. En l’espace de deux mois, on a vu fleurir des caméras de surveillance partout ! » A l’endroit où Steevy cajolait Bourriquet s’élèvent aujourd’hui… les bureaux de Groland. Et le jardin – 200 tonnes de terre posées sur le bitume – est redevenu un parking. « On a bouté le Loft, et ça nous fait plutôt rire ! triomphe Moustic. Là où il y avait la piscine, il y a le drapeau de la présipauté. » Flux et reflux, ainsi va la vie à la Plaine-Saint-Denis. Les émissions passent, l’usine continue de tourner. Il faut bien nourrir la machine à rêves…
source : Virginie Félix
Télérama n° 2975 - 20 Janvier 2007
Marina Gadonneix pour Télérama |
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